Le Poiscaille, journal satirique liégeois

Raoul est Debouw (2/2)

Le Poiscaille : « Communiste » est parfois perçu comme un gros mot. C’est dur à revendiquer ?
R.H. : Je pense que ça l’était, mais c’est en train de changer. Le courant dominant n’est pas favorable à l’opposition gauche de gauche. À nous de reconstruire tout un discours et c’est ce qui est intéressant dans l’approche de Mélenchon. Il y a un besoin d’aller réfléchir au-delà du capitalisme et la reprise en main de grands pans de l’économie par le pouvoir public reste une alternative tout à fait crédible. On arrive à faire passer un discours différent et c’est à nous d’y mettre la couleur. Un vent nouveau souffle au sein du PTB pour en faire un parti d’avenir du socialisme 2.0.

Le Poiscaille : La popularité de Jean-Luc Mélenchon, ça vous profite ?
R.H. : Indiscutablement, ça a aidé. Mais ce n’est pas le seul critère. Ça ouvre un champ de réflexion et ça aide à faire passer des idées considérées comme inacceptables avant. Dans un pays comme la France, le côté décomplexé de Mélenchon pour porter ses idées, ça nous a fait beaucoup de bien. Ceci dit, il faut se garder d’un copier-coller entre la Belgique et la France. Les situations ne sont pas les mêmes.

Le Poiscaille : Qu’est-ce que le PTB entreprend comme actions concrètes pour retrouver l’intérêt des citoyens pour la chose politique ?
R.H. : On descend dans les quartiers pour deux choses : (1) on ne fait pas de la politique pour vous, on la fait avec vous, et (2) pour faire de l’éducation permanente. En gauche de gauche, il faut garder l’axe fort des groupes de travail. Ceci dit, pour ramener les gens au fait politique, c’est plus difficile, mais on tente de le faire. Ici au quartier Sainte-Marguerite, on a fait une manifestation à 200 personnes pour garder le bureau de poste. 200 personnes, c’est beaucoup. Je suis biologiste de formation et j’ai l’habitude de dire qu’un cerveau fonctionne mieux quand il est à l’air libre que quand il est dans un fauteuil.

Le Poiscaille : Peut-on qualifier le PTB de populiste au vu de la brièveté du programme sur votre site Internet ?
R.H. : On va publier tout notre programme dès les vacances d’été. On est allés sur le terrain et on a récolté 1 300 enquêtes papier. Les partis traditionnels ne le font pas, ils se contentent d’une mailing-list dans laquelle ils demandent aux gens de cliquer. Sur base de la richesse de nos sondages, on arrivera avec un programme très bien ficelé. Je refuse l’étiquette de populiste. Je préfère plutôt un parti populaire, à contre-courant sur le racisme, sur l’éducation, et qui provoque le débat.

Le Poiscaille : Vous parliez des médias dominants, que pensez-vous de l’écho de vos idées dans ces canaux ?
R.H. : Il y a une valorisation du travail que nous menons. Il y a médiatisation lorsque nous avons fait un travail de fond sur un dossier en particulier. Sur la question de l’index, on a décortiqué 8 000 chiffres durant deux semaines pour démontrer que les chipotages de l’index ces 30 dernières années ont coûté 450 € bruts par mois à chaque travailleur. C’était irréfutable et ce n’est pas uniquement un slogan. Même chose pour les 50 grandes multinationales qui paient moins de 3 % d'impôts des sociétés. La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) n’a jamais pu réfuter.

Entretien : Pierre-Yves Hurel & Sébastien Varveris | Dessin : Oli

Retrouvez également Raoul Hedebouw en page 4 du Poiscaille n° 21.

Raoul est Debouw (1/2)



Que pense le PTB de la Corée du Nord ? De Mao ? De Cuba ? Les positions du parti à la gauche de la gauche ont souvent créé la polémique. Depuis quelques années, le PTB se veut plus pragmatique dans son programme, moins dogmatique sur les régimes en place. Qu’en est-il réellement ? C’est ce qu’on a voulu demander à Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB et tête de liste aux prochaines communales liégeoises

Le Poiscaille : Qui sont les modèles du PTB ? Chavez, Lénine ?
Raoul Hedebouw : On n’a plus de modèles. Le PTB doit adapter ses solutions à la Belgique d’aujourd’hui. Je crois que c’est ça le problème de la gauche de gauche, c’est d’avoir tiré des recettes à gauche et à droite. C’est la grosse différence entre le passé et le présent du PTB. Avant, si quelqu’un nous avait dit « Mes chiottes sont bouchées », on lui aurait répondu « Fais la révolution, camarde ». Je caricature à peine. Il faut redevenir beaucoup plus pragmatiques.

Le Poiscaille : Voter PTB, ça ne veut plus dire voter Mao ?
R.H. : Non, ça, c’est clair. Voter PTB, ça veut dire voter Raoul. (rires)

Le Poiscaille : Vous êtes en train de tourner une page importante de l’histoire du PTB. Vos positions sur les régimes de Cuba, de Corée du Nord et de Chine ont-elles aussi évolué ?
R.H. : Le PTB refusera de rentrer dans la vision noir/blanc que les médias essaient d’imposer sur les relations internationales. On ne rentrera pas dans ce jeu-là. Oui, les pays émergents sont en train de revendiquer leurs droits. Oui, le commerce ne se fait pas qu’avec l’Europe. Oui, ces pays s’affranchissent de l’Occident. Oui, il y a des villes qui veulent devenir capitales mondiales.

Le Poiscaille : Ce n’est pas vraiment ce qui leur est reproché…
R.H. : Les caricatures qu’on fait de ces pays-là ne nous conviennent pas. On prépare des caricatures et puis on se lance dans des guerres. Ici, on se focalise sur la Syrie, mais il y a 150 pays dans lesquels la situation est aussi grave. Pourquoi n’en parle-t-on pas ? Tout simplement parce qu’on ne prépare pas d’interventions armées là-bas. Ce que je dis : la Chine aux Chinois, la Libye aux Libyens, etc. Que l’Occident et l’Otan arrêtent de se croire investis d’une supériorité « droits-de-l’Hommiste ». On a des leçons à donner en droits de l’Homme ? C’est quand même l’Europe qui a créé le nazisme… C’est nous qui avons créé les pires génocides. Les États-Unis vont faire la leçon…? Ils sont nés sur le génocide indien…

Le Poiscaille : Peut-on laisser une nouvelle nation naître sur un génocide ?
R.H. : Non, mais je ne pense pas qu’il y ait de génocide dans ces pays-là. Le problème dans les médias dominants est qu’ils ne sont pas nuancés là-dessus. Le mot « génocide » est tombé ! Ah, donc tu as le droit d’intervenir partout ! La France est liée au génocide du Rwanda, il y a plein de documents qui le prouvent. Le PTB refuse de s’inscrire dans ces caricatures, la réalité est beaucoup plus complexe. Que ce soit en Chine ou au Brésil, il y a des choses dont on peut s’inspirer. Cuba – où j’ai vécu deux ans –, par exemple, n’est pas une dictature. Je suis d’accord avec Mélenchon là-dessus. J’y ai vu des gens s’engueuler comme du poisson pourri, ça faisait du bien de voir une démocratie aussi active. Est-ce que tout va bien là-bas pour autant ? Non, ce n’est pas ma vision non plus.

Le Poiscaille : Il y a quelques années votre discours aurait été…
R.H. : Beaucoup plus dogmatique ? Oui on aurait voulu faire un copier-coller. Cela ça date de 7 ou 8 ans, oui il y a clairement un renouveau de nos positions.

Entretien : Pierre-Yves Hurel & Sébastien Varveris | Dessin : Oli

Retrouvez également Raoul Hedebouw en page 4 du Poiscaille n° 21.